« Portraits de familles » 


Imaginez de nombreux personnages rebondis et colorés, qui créent une grande famille. Puis, une famille qui voyage, qui s’installe aux quatre coins du monde, rencontre différentes cultures, et se développe : frères et sœurs, cousins, cousines, neveux et nièces, grand-parents, amoureux, fiancés, bébés … 

Un jour, l’un de ces personnages s’intéresse à la généalogie, essaie de remonter à la source : d’où venons-nous ? C’est là qu’il se rend compte que le créateur de tous ces individus n’est autre que Giampaolo Amoruso. Artiste, il nous raconte une histoire – de nombreuses histoires à partir de ses œuvres qu’il a mises en scène pour faire passer ses émotions. 


Chez lui, on trouve ces « poupées » de verre dans la maison, dans l’atelier, accrochées aux arbres ou cachées dans des massifs. Le lieu est habité, on se sent accueilli, observé. L’auteur nous laisse rêver un peu. Avec ses cheveux noirs et sa barbe de trois jours, des yeux espiègles et un contact fort chaleureux, il nous entraîne ensuite dans son monde à lui, en nous présentant chaque personnage par son prénom. 


Il invente autour de lui une famille en recherchant le mouvement, le bonheur, la vivacité et l’énergie positive. Pour cela il utilise sa technique favorite qui est celle du verre soufflé. La sculpture devient pour lui un vrai labeur, mais il trouve plaisir à sculpter, à modeler le matériau plein d’harmonie et de charme. Il construit des formes organiques qui nous permettent de nous rapprocher de la vie et de son sens. Giampaolo Amoruso crée son langage spécifique et traduit ses émotions, sa vision sur la société. Il utilise la couleur, dans une ambiance ludique et spontanée. C’est plus la peinture qui l’intéresse que la transparence du verre. C’est la couleur qui permet à l’artiste d’exprimer le regard, de dessiner la bouche ou l’oreille et ainsi de raconter des histoires, de faire vivre ses poupées de verre. 


Ses créatures changent de taille et de couleur en fonction des sujets, des situations, et surtout de son imaginaire. C’est ainsi qu’en 2003, lors de sa résidence d’artiste à Sars-Poteries, Giampaolo Amoruso a choisi de parler de l’Afrique (sans jamais y avoir mis les pieds) en créant des personnages noirs. Il a traduit son rêve, souhaitant rendre hommage aux Africains en parlant d’eux avec respect. Mais il a aussi réalisé de longues têtes blanches, féminines et sereines, ou alors les petits personnages tout en rondeurs et en couleurs chaudes allant du rouge au jaune en passant par toutes les nuances orangées. Habillées ou chapeautées, ces figurines forment de grandes réunions de famille, attirent le regard du passant dans la vitrine des galeries d’art, et tiennent compagnie aux collectionneurs. 

Mais l’œuvre de Giampaolo Amoruso ne se limite pas à ça. Depuis peu, il cherche un jeu de profondeur dans ses tableaux en verre, avec la peinture figurative et colorée sur différentes couches. Ailleurs ce sont à nouveau des petites figurines, mais en verre plein et format réduit, qui se retrouvent emprisonnées dans des bocaux, empilées, ou assises en groupe, bavardant sur un banc public. 


L’artiste s’amuse en travaillant, il se délecte en présentant ses oeuvres à son entourage, guettant les réactions, mais racontant volontiers l’histoire de ses créatures. Est-ce le mélange des deux cultures dont il est issu (Sicile – Belgique) qui lui a donné la fascination pour l’art figuratif ? Et l’amour de la famille nombreuse ? Certes, il souhaite nous faire rêver et il y réussit, mais derrière l’aspect presque naïf de ses sculptures peuvent se cacher des histoires pathétiques, émouvantes. Il recherche un côté très spontané dans son travail pour dire les choses en douceur, pour traduire sa vision de la société. 


Unique en son genre, l’artiste maîtrise si bien la technique du verre soufflé qu’il ne pourrait imaginer de s’exprimer dans un autre matériau. Il se laisse guider par l’instinct, par l’instantanéité du soufflage … et son art s’épanouit. Il trouve son inspiration dans des bribes de réalité, dans des faits divers de son entourage. Son art passe ensuite inévitablement par le modèle du corps humain (revu et corrigé à la manière Amoruso), par des formes poétiques et parfois surréelles qui intriguent, qui mêlent un aspect dramatique et joyeux. 

Nous oublions la virtuosité technique (et pourtant bien fascinante) par la force artistique de l’instant créatif. Grâce à sa volonté et à son inventivité, le travail de Giampaolo Amoruso est œuvre d’art à part entière. 

Des figurines gesticulantes, parfois enrichies de symboles ou d’accessoires, toujours avec un regard animé, nous invitent à laisser aller notre imagination. 


L’artiste impose les déformations à ses personnages, le volume donne un aspect sensuel à l’œuvre et la rend magique : ces rondeurs systématiques des formes constituent un langage pictural et harmonieux. 

Et il est évident que ce langage-là le passionne, et que sa famille nombreuse a de beaux jours devant elle ! 


Anne Vanlatum